« Ha les mecs ! Je n’ai pas faim ! Je file chez l'ophtalmo aussi ma p’tite Fée | Page d'accueil | L’éternité numérique »
dimanche, 05 mars 2006
Moi Jeff M…. 41 ans, drogué, prostitué…
C’est dimanche. Mon réveil est engourdi cet après-midi. J’hésite à prendre mon café. Je vide une Badoit. Je rote. Il faudrait que je téléphone à Papa & Maman, Nicolas, Marc, Philippe, Barbara, Gaël, Christophe, Patrick. J’en oubli. Je ne n’appellerai pas. Je suis noyé dans un mélange de bien-être, de brouillard plaisant, de bouche pâteuse et d’haleine de chacal ayant mangé un cadavre de hyène, de remontées acides et brulantes d’estomac. Il est 14h. Je prends mon Soumba pour un câlin sans fin. Je larve dans mon lit devant « Le petit galopin de nos corps » d’Yves Navarre. C’est frais, beau et nostalgique. J’aurais adoré écrire comme lui.
Cette nuit, j’étais invité à l’anniversaire d’une amie de Christophe et Patrice. Le samedi soir je décidais donc de me préparer : épilation, rasage, masque bref…le bonhomme y passe ! J’aurais du demander un devis en vue du travail à fournir pour que je sois…présentable. Je prends mon métro. J’arrive, j’entre…enfin du monde. J’offre le champagne à mes tourtereaux. Christophe est électrique, stressé. Patrice est serein, enjoué. Les invités rentrent. J’embrasse. Les femmes sont belles, l’atmosphère est de joie, paix, sérieux et calme. Petits four, tarte, quiche et amuse-bouches. Champagne, whisky, vodka et gin. Bref tout est réuni et beau dans le meilleur des mondes.
J’apprécie beaucoup les discussions avec Angela. Jolie femme de trentaine bien portée. Je lui aurais donné 26 ans. Belle, assurée, charmante, intelligente. Parfois, elle me fait penser à mon ex-femme dans ses attitudes, ses gestes et ses mots. Ca ‘colle’ entre nous. Travail, chômage, politique, guerre, grippe aviaire, enfants, parents, homos : tout est parlé, approuvé ou contredit, nous discutons. J’aime cet instant. Très vite le son de la musique monte. Les invités se lèvent. Des produits circulent. Je ne suis jamais le dernier pour ca. Le champagne coule dans mon verre qui lui se vide sans que je sache vraiment comment. Montées de rires, chants, cris et danses…voila maintenant les âmes se chauffent.
Je danse, chante, souri et ri. En milieu de soirée, début de matinée, 2 heure, les regards se font plus insistants pour certains. Je sais que je plais à deux ou trois mecs. Je charme…ca marche. C’est trop facile, trop tôt et trop simple. L’un me sert du champagne plus que de raison. L’autre…autre chose. Je le suis. Nous discutons dans le bureau. Je lui soupçonne de vouloir un échange de bon ou mauvais procédés. J’accepte son cadeau et refuse de m’offrir dans ce troc. Il comprend. Je retourne danser. Il neige dans ma tête. Je suis bien.
En fin de soirée, un invité (mon serveur de champagne) me propose de me raccompagner…du coin d’une oreille : « Tu viens !, j’ai une voiture, tu m’offres un café chez toi! » Je lui réponds dans la sienne: « J’ai un métro et pour ton café, à 8h les troquets sont ouverts! Désolé»
« Tu es dur avec moi » je rétorque « Je le suis plus avec moi-même »
« Mais pourquoi alors tu me regardais avec cet air de pute? Je pensais…»
Je le regardais ? Un air de pute ? La musique ? Le vin et le reste, tous consommé, me faisait-il regarder cet homme de cet air niait, ridicule, absorbant et racoleur ? Cet air qui lui permit de prendre un courage pour sa démarche ? Le ‘désolé’ ne lui aurait-il pas plu ?
Je suis malheureux de ma reponse. Malheureux de l’intensité de mon regard capté et mis à l’égale de celui d’une prostituée aguichante. Je ne voulais pas l’agresser. Je dansais.
Je suis fatigué. J’ai honte. Je vais pleurer. Je me retiens. J’embrasse vite les derniers fêtards. Je rentre. J’ai froid. Avant d’ouvrir la porte de l’immeuble, je remarque qu’a l’arrêt de bus devant chez moi, un clochard ivre est couché sur le banc et il m’interpelle « Hé ! Grand con, t’as pas cent balles merde ». Je m’assoie a coté de lui. Il sent mauvais. J’ai une tête défaite. Nous sommes deux clodos à Louis Blanc maintenant. Je lui donne 2,24€ de mes poches. Il compte…recompte. Un jour peut-être je serai la, a sa place ! Je lui fais remarquer qu’il a raison, ce soir je suis un grand con ! Il me fait un clin-d’œil « Merci mec t’es pas un connard…mais de loin j’croyais ! ». Je lui donne mon paquet de cigarettes. « Bonne journée ! » « Putain ! Génial ! T’es sympa mec ! Toi aussi grand monsieur ! Bonne journée ! Merci » J’ai reçu un rayon de soleil. Je vais dormir…bien. Je ne suis pas une pute ! Un clochard de cœur.
23:45 Publié dans Fodsynade | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note